CE QUE TU DOIS SAVOIR FAIRE — rédiger une récurrence complète, dire précisément ce que signifie « tendre vers », calculer une limite par opérations, comparaison ou encadrement — et conclure avec le théorème de la limite monotone.
≈ 60 min de travail · 15 exercices corrigés · mis à jour août 2026
SOMMAIRE ▾
1. La dose qui se stabilise
Un patient prend 3 mg d'un médicament chaque matin. Son corps, lui, élimine 30 % de ce qui est présent dans le sang entre deux prises. Note \(u_n\) la quantité dans le sang juste après la prise du jour \(n\) : chaque matin, il reste 70 % de la veille, plus les 3 mg du jour. Tu sais l'écrire depuis le chapitre sur les suites :
$$u_0 = 0 \qquad u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 3$$
Calcule les premiers termes : \(u_1 = 3\), \(u_2 = 5{,}1\), \(u_3 = 6{,}57\), \(u_4 \approx 7{,}60\)… La quantité monte, de moins en moins vite, et semble se tasser sous une valeur plafond, autour de 10 mg. Regarde le nuage de points : il raconte exactement ça.
La dose jour après jour : les points grimpent vers le plateau à 10 mg — sans jamais le toucher.
Ce dessin pose les deux questions du chapitre. D'abord : la quantité restera-t-elle sous 10 mg pour toujours ? Vérifier les 15 premiers jours ne prouve rien pour le 16ᵉ — il te faut un raisonnement capable de couvrir une infinité de rangs d'un coup. Ensuite : que veut dire, proprement, « la dose se rapproche de 10 » ? Elle ne vaut jamais 10, et pourtant tout le monde sent bien qu'elle « y tend ». Ce chapitre fabrique les deux outils : la récurrence, puis la limite.
2. Le raisonnement par récurrence
Commence par l'outil de preuve. L'image à avoir en tête : une file infinie de dominos, un par entier naturel. Le domino \(n\) porte une affirmation \(P(n)\) — par exemple « \(u_n < 10\) ». Fais tomber toute la file : de quoi as-tu besoin, exactement ? Essaie les réglages, en particulier celui où personne ne pousse le premier domino.
INTERACTIFLa chaîne de dominos
pousser
hérédité
rien n'est démontré
L'hérédité est prête : chaque domino qui tomberait pousserait le suivant. Mais personne ne pousse le premier — et il ne se passe rien. Une hérédité sans initialisation ne démontre rien.
Ce que tu viens de faire avec la main, voilà comment on l'écrit. Il faut les deux ingrédients : une poussée de départ, et une transmission de proche en proche.
DÉFINITION
Soit \(P(n)\) une propriété qui dépend d'un entier naturel \(n\), et \(n_0\) un entier naturel. Le raisonnement par récurrence repose sur le principe suivant : si
Initialisation — \(P(n_0)\) est vraie ;
Hérédité — pour tout entier \(n \geq n_0\), si \(P(n)\) est vraie, alors \(P(n+1)\) est vraie ;
alors \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n \geq n_0\).
POURQUOI ?
Dans l'hérédité, on ne suppose pas que \(P(n)\) est vraie pour tout \(n\) — ce serait supposer ce qu'on veut démontrer. On suppose \(P(n)\) vraie pour un rang \(n\) quelconque, et on montre que la vérité se transmet au rang suivant. C'est le geste du domino : on ne fait pas tomber toute la file à la main, on vérifie qu'une chute en entraîne une autre. La poussée initiale fait le reste.
MÉTHODE — RÉDIGER UNE RÉCURRENCE
1.Nomme la propriété : « pour \(n \geq n_0\), on note \(P(n)\) la propriété : … ». Une phrase précise, qui dépend de \(n\).
2.Initialisation : vérifie \(P(n_0)\) par un calcul direct.
3.Hérédité : suppose \(P(n)\) vraie pour un entier \(n \geq n_0\) fixé (l'hypothèse de récurrence), et démontre \(P(n+1)\). Pars de l'hypothèse, transforme-la jusqu'à la propriété au rang \(n+1\).
4.Conclusion : « par récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n \geq n_0\) ».
EXEMPLE RÉSOLU — LA FORMULE EXPLICITE DE LA DOSE
Montrons par récurrence que pour tout entier naturel \(n\), \(u_n = 10 - 10 \times 0{,}7^n\) — la formule explicite de la suite de la dose.
Étape 1 — Pour \(n \geq 0\), on note \(P(n)\) la propriété : « \(u_n = 10 - 10 \times 0{,}7^n\) ».
Étape 3 — Hérédité : soit \(n\) un entier tel que \(P(n)\) est vraie. Alors \(u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 3 = 0{,}7\left(10 - 10 \times 0{,}7^n\right) + 3 = 7 - 10 \times 0{,}7^{n+1} + 3 = 10 - 10 \times 0{,}7^{n+1}\) : c'est \(P(n+1)\).
Étape 4 — Conclusion : par récurrence, \(u_n = 10 - 10 \times 0{,}7^n\) pour tout entier naturel \(n\).
Conclusion : la formule est démontrée pour une infinité de rangs — en quatre lignes. Note le geste clé de l'hérédité : partir de \(u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 3\) et y injecter l'hypothèse de récurrence.
À RETENIR
Une récurrence sans initialisation ne démontre rien ; une initialisation sans hérédité non plus. Les deux, puis conclure.
TESTE-TOITrois questions, trente secondes
Q1L'hérédité est démontrée, mais pas l'initialisation. Que peut-on conclure ?
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — sans poussée de départ, aucun domino ne tombe — tu l'as vu dans le graphique. La transmission ne sert que si quelque chose est déjà vrai quelque part.
Q2Une récurrence initialisée au rang 3 démontre \(P(n)\)…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — la chaîne tombe à partir du domino poussé — mais pas derrière lui : \(P(0)\), \(P(1)\), \(P(2)\) restent à vérifier à la main si on en a besoin.
Q3Dans l'hérédité, on suppose que…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — un seul rang, quelconque mais fixé. Supposer « pour tout \(n\) », ce serait supposer la conclusion ; supposer \(P(n+1)\), ce serait démontrer à l'envers.
3. Tendre vers 10 : la limite d'une suite
Deuxième outil. « La dose se rapproche de 10 » : d'accord, mais \(u_n\) ne vaut jamais 10 — alors qu'est-ce qu'on affirme, au juste ? Voici le test qui rend l'idée précise. Trace une bande autour de 10, aussi étroite que tu veux : si la suite tend vers 10, alors à partir d'un certain rang \(N\), tous les termes sont dans la bande — et aucun n'en ressort. Resserre la bande, change de suite, et regarde le rang \(N\) répondre.
INTERACTIFLa bande qui capture la suite
rayon r de la bande autour de 10
N = 7
Rayon r = 1 : à partir du rang N = 7, TOUS les termes restent dans la bande — aucun n'en ressortira. Resserre encore : un rang suffira toujours. C'est ça, tendre vers 10.
Le test de la bande doit réussir pour TOUS les rayons, même minuscules — c'est lui qui fait la définition ci-dessous.
Tu viens de manipuler la définition. La voici, mot pour mot.
DÉFINITION
Soit \((u_n)\) une suite et \(L\) un réel. On dit que \((u_n)\) tend vers \(L\) (ou converge vers \(L\)) si tout intervalle ouvert contenant \(L\) contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = L\), et la suite est dite convergente. Sa limite est alors unique.
On dit que \((u_n)\) tend vers \(+\infty\) si tout intervalle \(\left]A\;;\, +\infty\right[\) contient tous les termes à partir d'un certain rang — aucun plafond ne retient la suite. (Définition analogue pour \(-\infty\).)
Une suite qui ne converge pas est dite divergente : soit elle tend vers \(\pm\infty\), soit elle n'a pas de limite du tout, comme \(\left((-1)^n\right)\).
POURQUOI ?
Remarque ce que la définition ne demande pas : que la suite atteigne \(L\). La dose ne vaut jamais 10, et tend vers 10 quand même — le test de la bande réussit pour n'importe quel rayon, c'est tout ce qui compte. Et le rang \(N\) a le droit de dépendre du rayon : plus la bande est étroite, plus \(N\) est grand. Tu l'as vu au curseur.
À RETENIR
Tendre vers \(L\), c'est réussir le test de la bande pour tous les rayons. Atteindre \(L\) n'est pas demandé.
TESTE-TOIEncore trois sur la définition
Q1« \((u_n)\) tend vers 10 » signifie que…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — c'est le test de la bande, ni plus ni moins. « Sans jamais l'atteindre » n'est pas exigé : la suite constante égale à 10 tend aussi vers 10.
Q2La suite \(u_n = (-1)^n\)…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — pour n'importe quel candidat \(L\), une bande de rayon 0,5 laisse échapper une infinité de termes (les +1 ou les −1). Osciller entre deux valeurs qui ne se rapprochent pas, c'est diverger — tu l'as vu dans le graphique.
Q3Une suite tend vers \(+\infty\) quand…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — le plafond, c'est la bande version infini. « Non majorée » ne suffit pas : la suite 0, 2, 0, 4, 0, 6, … dépasse tout plafond parfois, mais retombe — elle ne tend pas vers \(+\infty\).
4. Calculer une limite : opérations et \(q^n\)
La définition dit ce qu'est une limite ; elle est pénible pour la calculer. Au quotidien, tu combineras des limites connues avec des règles d'opérations — et presque toutes sont celles que le bon sens suggère. Mais d'abord, muscle ton œil : voici cinq suites, à toi de trouver leur limite. Méfie-toi, le dessin ne dit pas tout.
INTERACTIFLimite express
SUITE 1/5
\(u_n = 3 + 4 \times 0{,}5^n\). Sa limite ?
\(u_n = n^2 - 5n\). Sa limite ?
\(u_n = \dfrac{2n+1}{n+3}\). Sa limite ?
\(u_n = 1{,}15^n\). Sa limite ?
\(u_n = (-0{,}9)^n\). Sa limite ?
PAS ENCORE — repère le terme qui domine, et souviens-toi : le début du dessin ne décide de rien.
EXACT — \(4 \times 0{,}5^n\) fond vers 0, il reste 3. La suite s'approche de 3 par au-dessus — sans jamais le toucher, et c'est très bien comme ça.
EXACT — « \(\infty - \infty\) » ne se compense pas : factorise. \(n^2 - 5n = n^2\left(1 - \frac{5}{n}\right)\), et \(n^2 \times 1 \to +\infty\). La descente du début n'était qu'un départ.
EXACT — divise haut et bas par \(n\) : \(\dfrac{2 + 1/n}{1 + 3/n} \to \dfrac{2}{1} = 2\). Le premier terme \(\frac{1}{3}\) ne dit rien de la fin de l'histoire.
EXACT — \(q = 1{,}15 > 1\), donc \(q^n \to +\infty\). Lentement, mais sûrement : « presque 1 » n'existe pas, la frontière est exactement en \(q = 1\).
EXACT — \(-1 < -0{,}9 < 1\), donc \((-0{,}9)^n \to 0\). Elle oscille, oui — mais en fondant : osciller n'empêche pas de converger.
PROPRIÉTÉ — OPÉRATIONS SUR LES LIMITES
Les limites se combinent comme on l'espère : la limite d'une somme est la somme des limites, idem pour un produit ou un quotient — chaque fois que le calcul final a un sens. Par exemple, si \(u_n \to 2\) et \(v_n \to +\infty\), alors \(u_n + v_n \to +\infty\), \(u_n \times v_n \to +\infty\) et \(\dfrac{u_n}{v_n} \to 0\).
Quatre situations ne se décident pas par les règles — les formes indéterminées :
EXACT — indéterminée ne veut pas dire sans limite : \(n^2 - n = n^2(1 - \frac{1}{n}) \to +\infty\). La forme indéterminée est un feu orange, pas un mur.
EXACT — \(0{,}8^n \to 0\), et \(5 \times 0 = 0\). Le facteur 5 ne sauve rien : il multiplie quelque chose qui fond.
Q3\(\displaystyle\lim_{n \to +\infty}\,(-2)^n\) ?
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(q = -2 \leq -1\) : les termes valent 1, −2, 4, −8, 16… De plus en plus gros, mais en changeant de signe à chaque pas — aucune des deux branches de l'infini ne les capture.
5. Comparer, encadrer, conclure
Dernière famille d'outils, pour les suites dont on ne sait pas calculer la limite directement. L'idée : coincer la suite. Voici \(u_n = \dfrac{\sin(n)}{n}\) — le numérateur saute dans tous les sens, aucune règle d'opération ne s'applique. Mais fais glisser \(n\) et regarde le couloir : la suite vit entre \(-\dfrac{1}{n}\) et \(\dfrac{1}{n}\), deux gendarmes qui se referment sur 0.
INTERACTIFLe couloir qui se referme
n
−1/5 = −0,200 ≤ u₅ = −0,192 ≤ 0,200 = 1/5
n = 5largeur du couloir : 2/5 = 0,40
Les valeurs de sin(n) sautent dans tous les sens — impossible de calculer la limite directement. Mais regarde le couloir : la suite n'a pas le choix, elle vit entre les deux gendarmes.
PROPRIÉTÉ — COMPARAISON ET GENDARMES
Comparaison. Si \(u_n \geq v_n\) à partir d'un certain rang et \(v_n \to +\infty\), alors \(u_n \to +\infty\). (Et de même vers \(-\infty\), par au-dessous.)
Gendarmes. Si \(v_n \leq u_n \leq w_n\) à partir d'un certain rang et si \((v_n)\) et \((w_n)\) tendent vers le même réel \(L\), alors \(u_n \to L\).
2.Encadre \(u_n\) tout entier à partir de là (attention au sens des inégalités si tu multiplies par un négatif).
3.Calcule la limite des deux bornes : mêmes limites \(L\) → gendarmes ; borne inférieure vers \(+\infty\) → comparaison.
EXEMPLE RÉSOLU — LES GENDARMES EN ACTION
Montrons que \(u_n = \dfrac{\sin(n)}{n} \to 0\).
Étape 1 — Pour tout \(n \geq 1\), \(-1 \leq \sin(n) \leq 1\).
Étape 2 — En divisant par \(n > 0\) : \(-\dfrac{1}{n} \leq \dfrac{\sin(n)}{n} \leq \dfrac{1}{n}\).
Étape 3 — \(-\dfrac{1}{n} \to 0\) et \(\dfrac{1}{n} \to 0\) : par le théorème des gendarmes, \(u_n \to 0\).
Conclusion : on n'a jamais eu besoin de savoir ce que vaut \(\sin(n)\) — seulement de savoir qu'il est coincé. C'est toute la force du théorème.
Un dernier théorème, et il boucle le chapitre. Reviens à la dose : tu as prouvé par récurrence qu'elle reste sous 10, et on vérifie de même qu'elle monte. Croissante et plafonnée… peut-elle faire autre chose que se stabiliser ?
DÉFINITION
Une suite \((u_n)\) est majorée s'il existe un réel \(M\) tel que \(u_n \leq M\) pour tout \(n\) ; minorée s'il existe \(m\) tel que \(u_n \geq m\) pour tout \(n\) ; bornée si elle est les deux.
PROPRIÉTÉ — THÉORÈME DE LA LIMITE MONOTONE (admis)
Toute suite croissante et majorée converge. Toute suite décroissante et minorée converge.
Et si une suite croissante n'est pas majorée, elle tend vers \(+\infty\).
POURQUOI ?
Attention à ce que le théorème ne dit pas : il garantit que la limite existe, pas qu'elle vaut le majorant. La dose est croissante et majorée par 10, donc elle converge — mais aussi majorée par 11, par 50… Le théorème seul dit « limite \(\leq 10\) » ; c'est la formule explicite \(u_n = 10 - 10 \times 0{,}7^n\) et la limite de \(0{,}7^n\) qui donnent la valeur : exactement 10.
TESTE-TOIQuatre questions pour finir
Q1Pour tout \(n\), \(u_n \geq n^2\). Peut-on conclure ?
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — comparaison : \(u_n\) est au-dessus d'une suite qui explose, elle explose aussi. Nul besoin d'en savoir plus sur \(u_n\).
Q2Une suite croissante et majorée par 10…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — le théorème garantit l'existence de la limite, pas sa valeur : une suite croissante majorée par 10 peut très bien converger vers 4. Le majorant n'est pas la limite.
EXACT — les deux gendarmes tendent vers 0, la suite est forcée de suivre. Mais « tendre vers 0 » n'oblige jamais à valoir 0.
Q4La dose est croissante et \(u_n < 10\) pour tout \(n\). Le théorème de la limite monotone garantit que sa limite \(L\) vérifie…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — en passant à la limite, une inégalité stricte devient large : pense à \(\frac{1}{n} > 0\), de limite 0. Ici la limite vaut en fait 10 — mais c'est la formule explicite qui le dit, pas le théorème.
LES PIÈGES CLASSIQUES
Oublier l'initialisation. L'hérédité seule ne démontre rien — les dominos restent debout si personne ne pousse le premier. Exemple parlant : « \(3^n\) est pair » est héréditaire (si \(3^n\) est pair, \(3^{n+1} = 3 \times 3^n\) l'est aussi)… et faux pour tout \(n\).
Croire qu'une suite croissante tend vers \(+\infty\). La dose croît et reste sous 10 toute sa vie. Croissante + majorée = convergente — c'est même un théorème du chapitre.
Traiter « \(\infty - \infty\) » comme 0. Les deux infinis ne se « compensent » pas : \(n^2 - n \to +\infty\), \(n - n^2 \to -\infty\), \((n+3) - n \to 3\). Trois destins pour la même forme — c'est bien pour ça qu'elle est indéterminée : factorise.
Garder une inégalité stricte à la limite. De \(u_n < 10\) pour tout \(n\), on déduit \(\lim u_n \leq 10\) — pas \(<\). Témoin : \(\dfrac{1}{n} > 0\) pour tout \(n\), et pourtant sa limite vaut 0.
« Elle ne l'atteint jamais, donc ce n'est pas sa limite. » Faux : la définition ne demande pas d'atteindre \(L\), seulement de réussir le test de la bande pour tous les rayons. La dose ne vaut jamais 10 et tend vers 10.
L'ESSENTIEL EN 5 LIGNES
RÉCURRENCE
Initialisation (\(P(n_0)\) vraie) + hérédité (\(P(n) \Rightarrow P(n+1)\)) \(\Rightarrow\) \(P(n)\) vraie pour tout \(n \geq n_0\).
LIMITE
\(u_n \to L\) : tout intervalle ouvert contenant \(L\) capture tous les termes à partir d'un rang. \(u_n \to +\infty\) : tout plafond est dépassé définitivement.
Commence par le niveau 1. Cherche vraiment avant d'ouvrir le corrigé — c'est là que ça rentre. Les exercices suivent l'ordre du cours : récurrence, définition de la limite, opérations et formes indéterminées, \(q^n\), comparaison et encadrement, limite monotone, et un problème pour finir.
EXERCICE 01 · principe de récurrenceniveau 1
Vrai ou faux, en justifiant : a. si l'hérédité est vraie mais pas l'initialisation, \(P(n)\) peut être fausse pour tout \(n\) ; b. une récurrence initialisée au rang 5 démontre \(P(n)\) pour tout \(n \geq 0\) ; c. dans l'hérédité, on suppose \(P(n)\) vraie pour tout entier \(n\).
CORRIGÉ
a. — Vrai. Exemple : « \(3^n\) est pair » se transmet de \(n\) à \(n+1\) (multiplier un pair par 3 donne un pair), mais n'est jamais vraie : aucun domino n'est poussé, aucun ne tombe.
b. — Faux : elle démontre \(P(n)\) pour \(n \geq 5\) seulement. Les rangs 0 à 4 restent à vérifier un par un si besoin.
c. — Faux : on suppose \(P(n)\) pour un rang \(n\) quelconque fixé. Supposer « pour tout \(n\) », ce serait supposer exactement ce qu'on veut démontrer.
Conclusion : initialisation + hérédité, et rien ne se conclut au-delà de ce que la poussée initiale permet.
EXERCICE 02 · récurrence · formule expliciteniveau 2
Soit \((u_n)\) définie par \(u_0 = 2\) et \(u_{n+1} = 2u_n - 3\). Montre par récurrence que pour tout entier naturel \(n\), \(u_n = 3 - 2^n\).
CORRIGÉ
Étape 1 — Pour \(n \geq 0\), on note \(P(n)\) : « \(u_n = 3 - 2^n\) ».
Étape 3 — Hérédité : soit \(n\) tel que \(P(n)\) est vraie. Alors \(u_{n+1} = 2u_n - 3 = 2(3 - 2^n) - 3 = 6 - 2^{n+1} - 3 = 3 - 2^{n+1}\) : c'est \(P(n+1)\).
Étape 4 — Conclusion : par récurrence, \(u_n = 3 - 2^n\) pour tout \(n \geq 0\).
Conclusion : vérifie ton hérédité en te demandant où l'hypothèse a servi — ici, au remplacement de \(u_n\). Si tu ne l'as pas utilisée, la rédaction est fausse.
EXERCICE 03 · récurrence · inégaliténiveau 2
La suite de la dose vérifie \(u_0 = 0\) et \(u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 3\). Montre par récurrence que pour tout entier naturel \(n\), \(0 \leq u_n < 10\).
Étape 2 — Hérédité : supposons \(0 \leq u_n < 10\) pour un \(n\) fixé. Multiplie par \(0{,}7\) (positif, le sens ne change pas) : \(0 \leq 0{,}7\,u_n < 7\). Ajoute 3 : \(3 \leq u_{n+1} < 10\), donc en particulier \(0 \leq u_{n+1} < 10\) : c'est \(P(n+1)\).
Étape 3 — Conclusion : par récurrence, \(0 \leq u_n < 10\) pour tout \(n\).
Conclusion : la dose ne dépassera jamais 10 mg — vérifié pour une infinité de jours en trois lignes. C'est exactement ce que les 15 points du graphique ne pouvaient pas prouver.
EXERCICE 04 · récurrence · divisibiliténiveau 3
Montre par récurrence que pour tout entier naturel \(n\), \(4^n - 1\) est divisible par 3.
CORRIGÉ
Étape 1 — \(P(n)\) : « \(4^n - 1\) est divisible par 3 », c'est-à-dire \(4^n - 1 = 3k\) pour un entier \(k\).
Étape 4 — Conclusion : par récurrence, 3 divise \(4^n - 1\) pour tout \(n\).
Conclusion : le tour de passe-passe de l'hérédité — écrire \(4^{n+1} - 1\) en faisant apparaître \(4^n - 1\) — est le geste à retenir pour toutes les récurrences de divisibilité.
EXERCICE 05 · définition de la limiteniveau 1
Vrai ou faux, en justifiant : a. si \((u_n)\) tend vers 5, alors \(u_n = 5\) à partir d'un certain rang ; b. si tous les termes de \((u_n)\) sont dans \(\left]4{,}9\;;\, 5{,}1\right[\) à partir du rang 200, alors \((u_n)\) tend vers 5 ; c. la suite \(u_n = (-1)^n\) est divergente.
CORRIGÉ
a. — Faux : la limite n'a pas besoin d'être atteinte. La dose tend vers 10 sans jamais valoir 10.
b. — Faux : le test doit réussir pour toutes les bandes, pas seulement celle de rayon 0,1. La suite pourrait très bien osciller entre 4,95 et 5,05 pour toujours — capturée par cette bande-là, mais par aucune bande plus étroite autour de 5.
c. — Vrai : elle n'a pas de limite (aucune bande étroite ne capture à la fois les +1 et les −1), donc elle diverge. Diverger, ce n'est pas seulement « partir à l'infini ».
Conclusion : la définition est exigeante — tous les rayons — et généreuse à la fois — atteindre n'est pas demandé.
EXERCICE 06 · opérationsniveau 1
Détermine les limites suivantes : a. \(\displaystyle\lim\left(5 + \dfrac{3}{n}\right)\) ; b. \(\displaystyle\lim\left(n^2 + n\right)\) ; c. \(\displaystyle\lim \dfrac{4}{n^2 + 1}\) ; d. \(\displaystyle\lim\left(2 - \dfrac{1}{n}\right)\left(3 + \dfrac{1}{n^2}\right)\).
CORRIGÉ
a. — \(\dfrac{3}{n} \to 0\), donc la somme tend vers \(5\).
b. — \(n^2 \to +\infty\) et \(n \to +\infty\) : somme de deux infinis positifs, \(+\infty\). (Aucune indétermination ici : ils tirent dans le même sens.)
c. — \(n^2 + 1 \to +\infty\), donc \(\dfrac{4}{n^2+1} \to 0\).
d. — Le premier facteur tend vers 2, le second vers 3 : le produit tend vers \(6\).
Conclusion : quand aucun conflit « \(\infty - \infty\) » ou « \(\infty/\infty\) » n'apparaît, les règles d'opérations concluent directement.
EXERCICE 07 · forme indéterminée · polynômeniveau 2
Détermine les limites de \(u_n = n^2 - 7n + 3\) et de \(v_n = 3n - n^3\).
CORRIGÉ
Étape 1 — Les deux sont des « \(\infty - \infty\) » : on factorise par le terme dominant.
Étape 2 — \(u_n = n^2\left(1 - \dfrac{7}{n} + \dfrac{3}{n^2}\right)\). La parenthèse tend vers 1, et \(n^2 \to +\infty\) : \(u_n \to +\infty\).
Étape 3 — \(v_n = n^3\left(\dfrac{3}{n^2} - 1\right)\). La parenthèse tend vers \(-1\), et \(n^3 \to +\infty\) : \(v_n \to -\infty\).
Conclusion : un polynôme en \(n\) suit toujours son terme de plus haut degré — la factorisation le démontre à chaque fois.
EXERCICE 08 · forme indéterminée · quotientniveau 2
Détermine les limites de \(u_n = \dfrac{3n - 1}{2n + 5}\) et de \(v_n = \dfrac{n + 5}{n^2 + 1}\).
CORRIGÉ
Étape 1 — Deux « \(\infty/\infty\) » : on divise haut et bas par la plus grande puissance du dénominateur.
Étape 3 — \(v_n = \dfrac{1/n + 5/n^2}{1 + 1/n^2} \to \dfrac{0}{1} = 0\) : le dénominateur, de degré plus haut, l'emporte.
Conclusion : degrés égaux → rapport des coefficients dominants ; degré plus fort en bas → limite 0 ; degré plus fort en haut → \(\pm\infty\).
EXERCICE 09 · limite de qⁿniveau 1
Détermine les limites : a. \(0{,}3^n\) ; b. \(5 \times 1{,}2^n\) ; c. \((-0{,}5)^n\) ; d. \(7 - 2 \times 0{,}9^n\).
CORRIGÉ
a. — \(-1 < 0{,}3 < 1\) : \(0{,}3^n \to 0\).
b. — \(1{,}2 > 1\) : \(1{,}2^n \to +\infty\), et le facteur 5 n'y change rien : \(+\infty\).
c. — \(-1 < -0{,}5 < 1\) : \((-0{,}5)^n \to 0\). Le signe alterne, mais l'amplitude fond — osciller n'empêche pas de converger.
d. — \(0{,}9^n \to 0\), donc \(7 - 2 \times 0{,}9^n \to 7\).
Conclusion : pour \(q^n\), tout se lit sur la position de \(q\) par rapport à \(-1\) et \(1\). Le cas \(q\) négatif dans \(\left]-1\;;\,1\right[\) tend vers 0 comme les autres.
EXERCICE 10 · comparaisonniveau 2
Soit \(u_n = n + \sin(n)\). Montre que \((u_n)\) tend vers \(+\infty\).
CORRIGÉ
Étape 1 — Pour tout \(n\), \(\sin(n) \geq -1\), donc \(u_n \geq n - 1\).
Étape 2 — \(n - 1 \to +\infty\).
Étape 3 — Par comparaison, \(u_n \to +\infty\).
Conclusion : pas besoin de connaître \(\sin(n)\) : il suffit de savoir qu'il ne descend jamais sous \(-1\). Une minoration par une suite qui explose suffit.
EXERCICE 11 · gendarmesniveau 2
Soit \(u_n = \dfrac{3 + (-1)^n}{n}\) pour \(n \geq 1\). a. Encadre \(u_n\). b. Déduis-en sa limite.
CORRIGÉ
a. — \((-1)^n\) vaut \(-1\) ou \(1\), donc \(2 \leq 3 + (-1)^n \leq 4\). En divisant par \(n > 0\) : \(\dfrac{2}{n} \leq u_n \leq \dfrac{4}{n}\).
b. — \(\dfrac{2}{n} \to 0\) et \(\dfrac{4}{n} \to 0\) : par le théorème des gendarmes, \(u_n \to 0\).
Conclusion : le numérateur saute entre 2 et 4 sans jamais se stabiliser — et pourtant la limite existe. Les gendarmes travaillent là où les opérations ne peuvent pas.
EXERCICE 12 · limite monotoneniveau 2
On reprend la dose : \(u_0 = 0\), \(u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 3\), et on sait (exercice 03) que \(0 \leq u_n < 10\) pour tout \(n\). a. Montre que \((u_n)\) est croissante. b. Justifie que \((u_n)\) converge. c. Détermine sa limite à l'aide de la formule explicite \(u_n = 10 - 10 \times 0{,}7^n\).
CORRIGÉ
a. — \(u_{n+1} - u_n = 0{,}7\,u_n + 3 - u_n = 3 - 0{,}3\,u_n\). Or \(u_n < 10\), donc \(0{,}3\,u_n < 3\), donc \(u_{n+1} - u_n > 0\) : la suite est strictement croissante.
b. — Croissante et majorée par 10 : par le théorème de la limite monotone, \((u_n)\) converge.
Conclusion : le théorème garantissait une limite quelque part sous 10 ; la formule explicite la localise : exactement 10. Les deux arguments se complètent.
EXERCICE 13 · étude complèteniveau 3
Soit \(u_n = \dfrac{3n + 1}{n + 2}\) pour \(n \geq 0\). a. Montre que \(u_{n+1} - u_n = \dfrac{5}{(n+3)(n+2)}\) et déduis-en le sens de variation. b. Montre que \(3 - u_n = \dfrac{5}{n+2}\) et déduis-en que \((u_n)\) est majorée par 3. c. Justifie que \((u_n)\) converge, puis détermine sa limite.
CORRIGÉ
a. — \(u_{n+1} - u_n = \dfrac{3n+4}{n+3} - \dfrac{3n+1}{n+2} = \dfrac{(3n+4)(n+2) - (3n+1)(n+3)}{(n+3)(n+2)}\). Le numérateur vaut \((3n^2 + 10n + 8) - (3n^2 + 10n + 3) = 5\). Donc \(u_{n+1} - u_n = \dfrac{5}{(n+3)(n+2)} > 0\) : la suite est strictement croissante.
b. — \(3 - u_n = \dfrac{3(n+2) - (3n+1)}{n+2} = \dfrac{5}{n+2} > 0\), donc \(u_n < 3\) pour tout \(n\) : majorée par 3.
c. — Croissante et majorée : elle converge (limite monotone). Et \(u_n = 3 - \dfrac{5}{n+2}\) avec \(\dfrac{5}{n+2} \to 0\) : la limite vaut \(3\).
Conclusion : trois outils du chapitre sur une même suite — différence pour la monotonie, majoration, limite monotone puis calcul exact. C'est le trio gagnant des études de suites.
EXERCICE 14 · problèmeniveau 3
Une commune replante une forêt : chaque année, 5 % des arbres meurent et 400 nouveaux arbres sont plantés. Elle compte 2 000 arbres au départ. On note \(u_n\) le nombre d'arbres après \(n\) années, et on admet que \(u_n = 8\,000 - 6\,000 \times 0{,}95^n\). a. Justifie que \(u_{n+1} = 0{,}95\,u_n + 400\), puis calcule \(u_1\). b. Montre par récurrence que \(u_n < 8\,000\) pour tout \(n\). c. Montre que \((u_n)\) est croissante. d. Détermine la limite de \((u_n)\) et interprète-la concrètement.
CORRIGÉ
a. — Chaque année il reste 95 % des arbres (\(0{,}95\,u_n\)), plus 400 plantés : \(u_{n+1} = 0{,}95\,u_n + 400\). Et \(u_1 = 0{,}95 \times 2\,000 + 400 = 2\,300\).
b. — Initialisation : \(u_0 = 2\,000 < 8\,000\). Hérédité : si \(u_n < 8\,000\), alors \(u_{n+1} = 0{,}95\,u_n + 400 < 0{,}95 \times 8\,000 + 400 = 7\,600 + 400 = 8\,000\). Par récurrence, \(u_n < 8\,000\) pour tout \(n\).
c. — \(u_{n+1} - u_n = 400 - 0{,}05\,u_n\). Or \(u_n < 8\,000\) donne \(0{,}05\,u_n < 400\) : la différence est strictement positive, la suite croît.
d. — \(0{,}95^n \to 0\), donc \(u_n \to 8\,000\). La forêt grossit chaque année mais plafonne : elle s'approche de 8 000 arbres sans jamais les dépasser — l'équilibre où les 400 plantations compensent exactement les 5 % de pertes (\(0{,}05 \times 8\,000 = 400\)).
Conclusion : récurrence, monotonie, limite — le chapitre entier tient dans une forêt. Retiens l'équilibre final : la limite est le point où ce qui entre compense ce qui sort.
VERS LE BAC — EXERCICE 15≈ 45 MIN · CALCULATRICE UTILE
On considère la suite \((u_n)\) définie par \(u_0 = 8\) et, pour tout entier naturel \(n\), \(u_{n+1} = 0{,}75\,u_n + 1\).
PARTIE A
Calcule \(u_1\) et \(u_2\).
Montre par récurrence que pour tout entier naturel \(n\), \(u_n > 4\).
Montre que la suite \((u_n)\) est décroissante.
Justifie que \((u_n)\) converge.
PARTIE B
On pose, pour tout entier naturel \(n\), \(v_n = u_n - 4\).
Montre que \((v_n)\) est géométrique de raison \(0{,}75\), et précise \(v_0\).
Exprime \(v_n\), puis \(u_n\), en fonction de \(n\).