CE QUE TU DOIS SAVOIR FAIRE — manier \(\ln\) comme la réciproque de \(e^x\), appliquer les règles de calcul, dériver avec \(\ln\), connaître ses limites — et résoudre équations, inéquations et problèmes de seuils \(q^n\) sans oublier le domaine.
≈ 60 min de travail · 15 exercices corrigés · mis à jour août 2026
SOMMAIRE ▾
1. La question posée à l'envers
Tu places 2 000 € à 5 % par an. Le chapitre sur les suites te dit ce que tu auras dans \(n\) années : \(2\,000 \times 1{,}05^n\). Facile — dans ce sens-là. Mais la question que tout le monde pose vraiment, c'est l'inverse : en combien d'années mon argent double-t-il ? Il faut résoudre \(1{,}05^n = 2\) : l'inconnue est dans l'exposant, et aucun outil de Première ne sait l'en faire sortir.
Même impasse avec l'exponentielle : tu sais calculer \(e^x\) pour n'importe quel \(x\), mais résoudre \(e^x = 2\) ? Regarde la courbe : la solution existe, et elle est unique — la ligne \(y = 2\) coupe la courbe en exactement un point, quelque part entre 0 et 1. Ce nombre a un nom.
Résoudre \(e^x = 2\), c'est lire la courbe de l'exponentielle à l'envers : partir de la hauteur 2, redescendre vers l'axe. La réponse s'appelle \(\ln 2 \approx 0{,}69\).
Ce chapitre construit la fonction qui répond à toutes les questions de ce genre d'un coup : le logarithme népérien. Une fonction-miroir de l'exponentielle — avec ses règles de calcul à elle, sa dérivée étonnamment simple, et le pouvoir de faire descendre les inconnues des exposants. À la fin, le placement qui double aura sa réponse exacte.
2. Le miroir de l'exponentielle
Lire une courbe à l'envers, c'est échanger les deux axes — donc échanger les coordonnées de chaque point. Fais-le toi-même : déplace A sur la courbe de l'exponentielle, et regarde où atterrit son reflet A′, obtenu en échangeant abscisse et ordonnée.
INTERACTIFLe miroir de l'exponentielle
A = (1,00 ; 2,72) → A′ = (2,72 ; 1,00)
ln(2,72) = 1,00
Échange les coordonnées de A : tu obtiens A′, et il retombe toujours sur la courbe accent. Cette courbe — exp lue à l'envers — c'est le logarithme népérien.
Les deux courbes sont symétriques par rapport à la diagonale y = x — l'échange des coordonnées est exactement cette symétrie.
Ce que tu viens de dessiner point par point, voilà comment on le définit. L'exponentielle est continue et strictement croissante de \(0\) à \(+\infty\) : d'après le corollaire du TVI, pour chaque \(x > 0\), l'équation \(e^y = x\) a une unique solution — le chapitre précédent travaille pour celui-ci.
DÉFINITION
Pour tout réel \(x > 0\), le logarithme népérien de \(x\), noté \(\ln x\), est l'unique réel dont l'exponentielle vaut \(x\). Autrement dit, pour \(x > 0\) :
$$y = \ln x \iff x = e^y$$
PROPRIÉTÉ — LES CONSÉQUENCES IMMÉDIATES
\(\ln 1 = 0\) (car \(e^0 = 1\)) et \(\ln e = 1\) (car \(e^1 = e\)).
Pour tout \(x > 0\) : \(e^{\ln x} = x\). Pour tout réel \(x\) : \(\ln\left(e^x\right) = x\). Les deux fonctions se défont l'une l'autre.
\(\ln\) est strictement croissante sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\) ; \(\ln x < 0\) pour \(0 < x < 1\), et \(\ln x > 0\) pour \(x > 1\).
EXEMPLE RÉSOLU — LES PREMIÈRES ÉQUATIONS
a. Résous \(e^x = 5\).
Calcul — par définition, \(x = \ln 5\) (\(\approx 1{,}61\)). C'est tout : \(\ln 5\) est un nombre exact, comme \(\sqrt{2}\).
Conclusion : applique \(\ln\) aux deux membres (positifs), puis libère l'inconnue. L'exposant n'est plus une prison.
À RETENIR
\(\ln x\) répond à la question « \(e\) puissance quoi vaut \(x\) ? » — et cette question n'a de sens que pour \(x > 0\).
TESTE-TOITrois questions, trente secondes
Q1\(\ln\left(e^7\right)\) vaut…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(\ln\) défait \(\exp\) : \(\ln(e^7) = 7\), directement. Les deux fonctions s'annulent l'une l'autre, dans les deux sens.
Q2\(\ln x\) est défini pour…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — « \(e\) puissance quoi vaut \(x\) ? » n'a de réponse que si \(x > 0\) : une exponentielle n'est jamais nulle ni négative. Même \(\ln 0\) n'existe pas.
Q3\(\ln 1\) vaut…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(e^0 = 1\), donc \(\ln 1 = 0\). Le miroir du point \((0\;;\,1)\) de l'exponentielle : la courbe de \(\ln\) passe par \((1\;;\,0)\).
3. Les règles de calcul
L'exponentielle transforme les additions en multiplications — tu le sais depuis la Première. Son miroir fait donc le chemin inverse : le logarithme transforme les multiplications en additions. Regarde-le à l'œuvre sur cette règle graduée un peu spéciale, où chaque valeur \(v\) est placée à la distance \(\ln v\) : mettre deux segments bout à bout, c'est multiplier les valeurs.
INTERACTIFMultiplier, c'est ajouter
a
b
ln 2 + ln 3 = ln(2 × 3) = ln 6
ln 2 ≈ 0,693ln 3 ≈ 1,099ln 6 ≈ 1,792
Le segment « ln 2 » suivi du segment « ln 3 » atterrit exactement sur 6 = 2 × 3. Multiplier les valeurs, c'est ajouter les longueurs : c'est LA propriété du logarithme.
Les valeurs affichées sont arrondies au millième — l'addition des longueurs, elle, est exacte.
PROPRIÉTÉ — LA RELATION FONCTIONNELLE
Pour tous réels \(a > 0\) et \(b > 0\) :
$$\ln(a b) = \ln a + \ln b$$
Et ses conséquences, pour \(a, b > 0\) et \(n\) entier : \(\ln\!\dfrac{1}{a} = -\ln a\) ; \(\quad \ln\!\dfrac{a}{b} = \ln a - \ln b\) ; \(\quad \ln\left(a^n\right) = n \ln a\) ; \(\quad \ln \sqrt{a} = \dfrac{1}{2}\ln a\).
POURQUOI ?
Tout sort du miroir. Pose \(u = \ln a\) et \(v = \ln b\) : alors \(a b = e^u \times e^v = e^{u+v}\), donc \(\ln(ab) = u + v = \ln a + \ln b\). La règle reine de l'exponentielle, lue à l'envers. Les conséquences s'enchaînent pareil — par exemple \(\ln a + \ln\frac{1}{a} = \ln 1 = 0\) donne \(\ln\frac{1}{a} = -\ln a\).
MÉTHODE — TOUT EXPRIMER AVEC ln 2 ET ln 3
1.Décompose le nombre en produit de facteurs simples : \(12 = 4 \times 3 = 2^2 \times 3\).
2.Applique les règles : produit → somme, puissance → coefficient, quotient → différence.
3.Regroupe : \(\ln 12 = 2\ln 2 + \ln 3\). Vérifie qu'il ne reste que des \(\ln\) de nombres premiers.
Conclusion : décomposer, transformer, regrouper — les logarithmes se calculent comme on range des facteurs.
TESTE-TOIEncore trois sur les règles
Q1\(\ln(a b)\), c'est…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — le logarithme transforme les produits en sommes — jamais en produits de logarithmes. C'est le miroir exact de \(e^{a+b} = e^a e^b\).
Q2\(\ln\dfrac{1}{a}\) vaut…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — l'inverse devient un signe moins : \(\ln a + \ln\frac{1}{a} = \ln 1 = 0\). Attention, \(\frac{1}{\ln a}\) est un tout autre nombre — l'inverse du logarithme, pas le logarithme de l'inverse.
Q3\(\ln \sqrt{a}\) vaut…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(\sqrt{a} = a^{1/2}\), et la puissance descend en coefficient : \(\frac{1}{2}\ln a\). Une racine divise le logarithme par 2 — c'est le carré qui le double.
4. La pente \(1/x\), les variations, les limites
L'exponentielle avait la plus belle dérivée du monde — elle-même. Son miroir a la deuxième plus belle : déplace A le long de la courbe et regarde le triangle de lecture. Avance de 1 : la tangente monte de \(1/a\), exactement.
INTERACTIFLa pente 1/x
a = 1,00ln(a) = 0,00pente : 1/a = 1,00
Avance de 1, monte de 1/a : la tangente au point d'abscisse a a pour pente exactement 1/a. C'est la dérivée du logarithme.
PROPRIÉTÉ — DÉRIVÉE ET VARIATIONS
La fonction \(\ln\) est dérivable sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\) et :
$$\left(\ln x\right)' = \dfrac{1}{x}$$
Comme \(\dfrac{1}{x} > 0\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\), \(\ln\) est strictement croissante — et deux logarithmes se comparent comme leurs arguments : pour \(a, b > 0\), \(\ln a = \ln b \iff a = b\) et \(\ln a < \ln b \iff a < b\).
EXEMPLES RÉSOLUS — DÉRIVER AVEC ln
a. Dérive \(f(x) = x \ln x\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\).
Calcul — produit \(u\,v\) avec \(u = x\) et \(v = \ln x\) : \(f'(x) = 1 \times \ln x + x \times \dfrac{1}{x} = \ln x + 1\).
b. Détermine la tangente à la courbe de \(\ln\) au point d'abscisse 1.
Calcul — \(\ln 1 = 0\) et pente \(\dfrac{1}{1} = 1\) : \(T : y = x - 1\).
Conclusion : \(y = x - 1\), le miroir exact de la tangente \(y = x + 1\) de l'exponentielle en 0. Les deux courbes se répondent jusque dans leurs tangentes.
Reste les extrémités du domaine. Tu l'as senti au triangle : près de 0 la pente explose, loin à droite elle s'écrase. Voilà les deux limites — et le duel perdu d'avance contre \(x\).
PROPRIÉTÉ — LIMITES ET CROISSANCE COMPARÉE (admises)
\(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \ln x = -\infty\) (l'axe des ordonnées est asymptote verticale) \(\quad\) et \(\quad\) \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty\).
Croissance comparée : \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \dfrac{\ln x}{x} = 0\) \(\quad\) et \(\quad\) \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} x \ln x = 0\). Face à une puissance de \(x\), le logarithme perd toujours — il est aussi lent que l'exponentielle est rapide.
TESTE-TOITrois sur la dérivée et les limites
Q1\(\left(\ln x\right)'\) vaut…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — la pente en \(a\) vaut \(1/a\) — tu l'as lue sur le triangle. C'est \(\exp\) qui est sa propre dérivée ; \(\ln\), lui, a la dérivée \(1/x\).
Q2\(\ln 0{,}5\) est…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(0{,}5 < 1\), donc \(\ln 0{,}5 < \ln 1 = 0\). Entre 0 et 1, le logarithme est négatif — d'ailleurs \(\ln 0{,}5 = -\ln 2 \approx -0{,}69\).
EXACT — croissance comparée : le logarithme monte, mais à pas de tortue — toute puissance de \(x\) le distance. C'est le pendant de « \(e^x\) écrase \(x^n\) » du chapitre sur les limites.
5. Équations, inéquations et seuils
Voici enfin l'outil au travail — là où il gagne sa place au bac. Première mission : les seuils. L'activité d'un médicament est divisée par 2 chaque heure : il en reste \(0{,}5^n\) après \(n\) heures. À partir de quand passe-t-elle sous 1 % ? Sous 0,1 % ? Le graphique répond — et la ligne de calcul montre comment.
INTERACTIFLe seuil précis
0,5ⁿ < 1 % → n × ln 0,5 < ln 0,01 → n > 6,64 → n = 7
dès la 7ᵉ heureln 0,5 < 0 : le sens change
Pour passer sous 1 %, il faut n > ln(0,01)/ln(0,5) ≈ 6,64, donc n = 7 : à la 7ᵉ heure, il reste ≈ 0,78 % — sous le seuil. Et note le piège : en divisant par ln 0,5, négatif, l'inégalité a changé de sens.
Le seuil « 1 % » est l'état initial du graphique : le bouton du milieu sert aussi de réinitialisation.
MÉTHODE — RÉSOUDRE \(q^n \leq s\) (OU \(\geq\))
1.Applique \(\ln\) aux deux membres (strictement positifs) : la croissance stricte conserve l'inégalité, et \(\ln\left(q^n\right) = n \ln q\).
2.Isole \(n\) en divisant par \(\ln q\) — en changeant le sens si \(0 < q < 1\) (car alors \(\ln q < 0\)).
3.Conclus avec le premier entier qui convient — et vérifie-le par un calcul direct.
EXEMPLE RÉSOLU — LE PLACEMENT QUI DOUBLE, ENFIN
En combien d'années un placement à 5 % double-t-il ? On résout \(1{,}05^n \geq 2\).
Étape 2 — \(\ln 1{,}05 > 0\) (car \(1{,}05 > 1\)) : on divise sans changer le sens. \(n \geq \dfrac{\ln 2}{\ln 1{,}05} \approx 14{,}2\).
Étape 3 — Le premier entier qui convient est \(n = 15\). Vérification : \(1{,}05^{14} \approx 1{,}98 < 2\) et \(1{,}05^{15} \approx 2{,}08 \geq 2\).
Conclusion : 15 ans. La question qui ouvrait le chapitre a maintenant une réponse exacte — et une méthode réutilisable pour tous les seuils.
Deuxième mission : les équations où l'inconnue vit dans le logarithme. Un réflexe avant tout calcul : \(\ln\) n'accepte que du strictement positif — cherche le domaine d'abord, sinon tu fabriqueras des solutions fantômes.
MÉTHODE — ÉQUATION AVEC ln
1.Domaine : écris les conditions « chaque argument de \(\ln\) est \(> 0\) » et résous-les.
2.Ramène-toi à \(\ln A = \ln B\) (avec les règles de calcul), puis utilise \(\ln A = \ln B \iff A = B\).
3.Résous, puis confronte chaque solution au domaine : seules celles qui y vivent comptent.
Étape 2 — Sur ce domaine, \(\ln(x+2) = \ln(3x-4) \iff x + 2 = 3x - 4 \iff x = 3\).
Étape 3 — \(3 > \dfrac{4}{3}\) : la solution est bien dans le domaine.
Conclusion : \(x = 3\). Le domaine n'a rien filtré cette fois — mais il n'était pas décoratif : change le \(+2\) en \(-8\) et il éliminerait tout.
À RETENIR
Équation ou inéquation avec \(\ln\) : le domaine d'abord, toujours. Et diviser par \(\ln q\) change le sens quand \(0 < q < 1\).
TESTE-TOIQuatre questions pour finir
Q1La solution de \(e^x = 10\) est…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — par définition du logarithme : \(x = \ln 10 \approx 2{,}3\). Vérifie l'ordre de grandeur : \(e^2 \approx 7{,}4\), \(e^{2{,}3} \approx 10\) — cohérent.
Q2\(\ln(x - 2)\) est défini si et seulement si…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — il faut \(x - 2 > 0\), strictement : \(\ln 0\) n'existe pas (aucune exponentielle ne vaut 0). La borne 2 est exclue.
Q3Pour résoudre \(0{,}9^n < 0{,}5\), on divise par \(\ln 0{,}9\). Que fait l'inégalité ?
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(0{,}9 < 1\) donc \(\ln 0{,}9 < 0\) : diviser par un négatif retourne l'inégalité. C'est LE point où presque toutes les copies trébuchent — le graphique du seuil te l'affiche en rouge.
Q4Pour \(a, b > 0\), \(\ln a = \ln b\) équivaut à…
PAS ENCORE — élimine cette réponse et réessaie.
EXACT — \(\ln\) est strictement croissante : elle ne donne jamais la même valeur à deux nombres différents. C'est ce qui autorise à « enlever les ln » — une fois le domaine vérifié.
LES PIÈGES CLASSIQUES
Écrire \(\ln(a + b) = \ln a + \ln b\). La règle transforme les produits en sommes : \(\ln(ab) = \ln a + \ln b\). Pour \(\ln(a+b)\), il n'existe aucune formule — c'est le miroir exact du piège \(e^{a+b}\) de Première.
Oublier le domaine. Résoudre \(\ln(x+2) = \ln(3x-4)\) sans exiger \(x > \frac{4}{3}\), c'est risquer des solutions fantômes que \(\ln\) ne peut pas digérer. Le domaine se cherche avant de calculer, jamais après.
Diviser par \(\ln q\) sans regarder son signe. Pour \(0 < q < 1\), \(\ln q\) est négatif : l'inégalité change de sens. C'est l'erreur n° 1 des exercices de seuils — 0,5ⁿ < 0,01 donne \(n > 6{,}64\), pas \(n < 6{,}64\).
Croire que \(\ln x < 0\) est impossible. Entre 0 et 1, le logarithme est négatif — \(\ln 0{,}5 \approx -0{,}69\). Négatif ne veut pas dire interdit : c'est l'argument qui doit être positif, pas le résultat.
Confondre \(\ln\left(x^2\right)\) et \(\left(\ln x\right)^2\). Le premier vaut \(2\ln x\) (pour \(x > 0\)) ; le second est un carré de logarithme, tout autre chose. La puissance ne descend en coefficient que si elle est dans le \(\ln\).
L'ESSENTIEL EN 5 LIGNES
DÉFINITION
Pour \(x > 0\) : \(y = \ln x \iff x = e^y\). \(\ln 1 = 0\), \(\ln e = 1\), \(e^{\ln x} = x\), \(\ln(e^x) = x\).
\(\left(\ln x\right)' = \dfrac{1}{x}\) ; strictement croissante sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\) ; tangente en 1 : \(y = x - 1\).
LIMITES
\(\ln x \to -\infty\) en \(0^+\) et \(+\infty\) en \(+\infty\) ; croissance comparée : \(\dfrac{\ln x}{x} \to 0\) et \(x \ln x \to 0\) en \(0^+\).
ÉQUATIONS
Domaine d'abord ; \(\ln a = \ln b \iff a = b\) ; seuils \(q^n\) : appliquer \(\ln\), et changer le sens si \(0 < q < 1\).
Exercices
15 corrigés
Commence par le niveau 1. Cherche vraiment avant d'ouvrir le corrigé — c'est là que ça rentre. Les exercices suivent l'ordre du cours : définition et premières équations, règles de calcul, équations et inéquations, dérivées et variations, limites, seuils, et un problème pour finir.
EXERCICE 01 · définitionniveau 1
Donne, sans calculatrice : a. \(\ln 1\) ; b. \(\ln e\) ; c. \(\ln\dfrac{1}{e}\) ; d. \(e^{\ln 5}\) ; e. \(\ln\left(e^3\right)\).
CORRIGÉ
a. — \(\ln 1 = 0\) : car \(e^0 = 1\).
b. — \(\ln e = 1\) : car \(e^1 = e\).
c. — \(\ln\dfrac{1}{e} = -\ln e = -1\).
d. — \(e^{\ln 5} = 5\) : les deux fonctions se défont.
e. — \(\ln\left(e^3\right) = 3\) : même défaite, dans l'autre sens.
Conclusion : cinq réponses, une seule idée — \(\ln\) répond à « \(e\) puissance quoi ? ».
EXERCICE 02 · équations eˣ = kniveau 1
Résous dans \(\mathbb{R}\) : a. \(e^x = 5\) ; b. \(e^x = 1\) ; c. \(e^{2x} = 3\) ; d. \(e^x = -2\).
CORRIGÉ
a. — \(x = \ln 5\), par définition.
b. — \(x = \ln 1 = 0\).
c. — \(2x = \ln 3\), donc \(x = \dfrac{\ln 3}{2}\).
d. — Aucune solution : une exponentielle est strictement positive, elle ne vaut jamais \(-2\).
Conclusion : \(e^x = k\) a une solution (\(x = \ln k\)) si \(k > 0\), et aucune sinon. Le réflexe « \(k\) est-il positif ? » vient avant le \(\ln\).
EXERCICE 03 · règles de calculniveau 1
Simplifie : a. \(\ln 8 + \ln 2\) ; b. \(\ln 50 - \ln 2\) ; c. \(\ln\dfrac{1}{9}\) ; d. \(\ln\sqrt{5}\).
Conclusion : la décomposition en facteurs premiers d'abord, les règles ensuite — l'ordre qui ne rate jamais.
EXERCICE 05 · équations avec lnniveau 2
Résous, en précisant le domaine à chaque fois : a. \(\ln x = 3\) ; b. \(\ln(2x - 1) = 0\) ; c. \(\ln(x + 2) = \ln(3x - 4)\).
CORRIGÉ
a. — Domaine \(x > 0\). \(\ln x = 3 \iff x = e^3\) (\(\approx 20{,}1\)), bien positif.
b. — Domaine \(x > \dfrac{1}{2}\). \(\ln(2x-1) = 0 \iff 2x - 1 = 1 \iff x = 1\), qui est bien \(> \dfrac{1}{2}\).
c. — Domaine \(x > \dfrac{4}{3}\). Sur ce domaine, \(x + 2 = 3x - 4\), donc \(x = 3\), qui convient.
Conclusion : trois équations, trois domaines écrits avant le calcul. Prends cette habitude maintenant : c'est elle qu'on note au bac.
EXERCICE 06 · inéquationsniveau 2
Résous : a. \(\ln x \leq 0\) ; b. \(\ln(x - 1) > 1\) ; c. \(e^x < 4\).
CORRIGÉ
a. — Domaine \(x > 0\). \(\ln x \leq 0 = \ln 1\), et par croissance stricte : \(x \leq 1\). Solutions : \(\left]0\;;\,1\right]\).
b. — Domaine \(x > 1\). \(\ln(x-1) > 1 = \ln e\), donc \(x - 1 > e\), donc \(x > e + 1\). Solutions : \(\left]e+1\;;\,+\infty\right[\).
c. — \(e^x < 4 \iff x < \ln 4\) (croissance stricte de \(\exp\)). Solutions : \(\left]-\infty\;;\,\ln 4\right[\).
Conclusion : la croissance stricte de \(\ln\) et de \(\exp\) permet de comparer les arguments directement — sans changer le sens, puisqu'elles montent.
EXERCICE 07 · dérivéesniveau 2
Dérive sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\) : a. \(f(x) = 3\ln x + x^2\) ; b. \(g(x) = x\ln x\) ; c. \(h(x) = \dfrac{\ln x}{x}\).
CORRIGÉ
a. — Terme à terme : \(f'(x) = \dfrac{3}{x} + 2x\).
b. — Produit : \(g'(x) = 1 \times \ln x + x \times \dfrac{1}{x} = \ln x + 1\).
c. — Quotient avec \(u = \ln x\), \(v = x\) : \(h'(x) = \dfrac{\frac{1}{x} \times x - \ln x \times 1}{x^2} = \dfrac{1 - \ln x}{x^2}\).
Conclusion : une seule ligne nouvelle au tableau des dérivées — \(\left(\ln x\right)' = \frac{1}{x}\) — et toutes les règles de Première continuent de tourner.
EXERCICE 08 · tangentesniveau 2
Détermine l'équation de la tangente à la courbe de \(\ln\) : a. au point d'abscisse 1 ; b. au point d'abscisse \(e\).
b. — \(\ln e = 1\), pente \(\dfrac{1}{e}\) : \(y = \dfrac{1}{e}(x - e) + 1 = \dfrac{x}{e}\).
Conclusion : la tangente en \(e\) passe par l'origine — le miroir exact de la tangente \(y = ex\) de l'exponentielle en 1. Chaque résultat sur \(\ln\) a son jumeau chez \(\exp\).
EXERCICE 09 · variations · preuveniveau 2
Soit \(f(x) = x - \ln x\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\). a. Étudie les variations de \(f\). b. Déduis-en que pour tout \(x > 0\), \(\ln x < x\).
CORRIGÉ
a. — \(f'(x) = 1 - \dfrac{1}{x} = \dfrac{x - 1}{x}\). Sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\), le dénominateur est positif : \(f'\) est du signe de \(x - 1\). \(f\) décroît sur \(\left]0\;;\,1\right]\), croît sur \(\left[1\;;\,+\infty\right[\), minimum \(f(1) = 1 - 0 = 1\).
b. — Le minimum de \(f\) vaut 1, strictement positif : \(f(x) \geq 1 > 0\) pour tout \(x > 0\), c'est-à-dire \(x - \ln x > 0\), c'est-à-dire \(\ln x < x\).
Conclusion : la courbe de \(\ln\) reste strictement sous la droite \(y = x\) — le jumeau de « \(e^x > x\) » démontré au chapitre sur l'exponentielle, par la même méthode du minimum.
EXERCICE 10 · limitesniveau 2
Détermine : a. \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \ln x\) ; b. \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \dfrac{\ln x}{x}\) ; c. \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \left(x - \ln x\right)\) ; d. \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} x\ln x\).
CORRIGÉ
a. — \(-\infty\) : limite de référence (l'axe des ordonnées est asymptote verticale).
b. — \(0\) : croissance comparée — le logarithme perd contre \(x\).
c. — « \(\infty - \infty\) » : factorise par le plus fort. \(x - \ln x = x\left(1 - \dfrac{\ln x}{x}\right)\), et la parenthèse tend vers 1 : limite \(+\infty\).
d. — « \(0 \times \infty\) » : c'est la limite admise de croissance comparée en \(0^+\) : \(x\ln x \to 0\). Le \(x\) qui fond gagne contre le \(\ln\) qui plonge.
Conclusion : face à un conflit avec \(\ln\), le réflexe est le même qu'avec \(\exp\) : la puissance de \(x\) gagne contre le logarithme — dans les deux directions.
EXERCICE 11 · seuil qⁿniveau 2
Une voiture perd 20 % de sa valeur chaque année : après \(n\) années, il en reste \(0{,}8^n\). À partir de quelle année sa valeur passe-t-elle sous 1 % de la valeur initiale ?
CORRIGÉ
Étape 1 — On résout \(0{,}8^n < 0{,}01\). En appliquant \(\ln\) (croissante) : \(n\ln 0{,}8 < \ln 0{,}01\).
Étape 2 — \(\ln 0{,}8 < 0\) : on divise en changeant le sens. \(n > \dfrac{\ln 0{,}01}{\ln 0{,}8} \approx 20{,}6\).
Étape 3 — Premier entier : \(n = 21\). Vérification : \(0{,}8^{20} \approx 1{,}15\,\%\) et \(0{,}8^{21} \approx 0{,}92\,\%\).
Conclusion : dès la 21ᵉ année. Le changement de sens à l'étape 2 est LE point du barème — entoure-le dans tes copies.
EXERCICE 12 · étude de fonctionniveau 3
Soit \(f(x) = \dfrac{\ln x}{x}\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\). a. Détermine les limites de \(f\) en \(0^+\) et en \(+\infty\). b. Montre que \(f'(x) = \dfrac{1 - \ln x}{x^2}\) et étudie son signe. c. Dresse le tableau de variations et précise le maximum de \(f\).
CORRIGÉ
a. — En \(0^+\) : \(\ln x \to -\infty\) et \(\dfrac{1}{x} \to +\infty\) : produit \(-\infty\). En \(+\infty\) : croissance comparée, \(f(x) \to 0\) — l'axe des abscisses est asymptote horizontale.
b. — Quotient (exercice 07) : \(f'(x) = \dfrac{1 - \ln x}{x^2}\). Le dénominateur est positif : \(f'\) est du signe de \(1 - \ln x\), positif quand \(\ln x < 1\), c'est-à-dire \(x < e\).
c. — \(f\) croît sur \(\left]0\;;\,e\right]\), décroît sur \(\left[e\;;\,+\infty\right[\). Maximum : \(f(e) = \dfrac{\ln e}{e} = \dfrac{1}{e} \approx 0{,}37\).
Conclusion : maximum \(\dfrac{1}{e}\) atteint en \(x = e\). Cette étude est un classique absolu du bac — limites, quotient, signe d'un \(\ln\) : tout le chapitre en une fonction.
EXERCICE 13 · le placement qui doubleniveau 3
On place un capital à 5 % par an : après \(n\) années, il est multiplié par \(1{,}05^n\). a. Écris l'inéquation qui traduit « le capital a au moins doublé ». b. Résous-la à l'aide du logarithme. c. Conclus, puis vérifie ta réponse par un calcul direct. d. Même question pour un triplement : qu'observe-t-on ?
d. — \(n \geq \dfrac{\ln 3}{\ln 1{,}05} \approx 22{,}5\) : 23 années. Observation : tripler ne demande pas 1,5 fois plus de temps que doubler — les durées s'ajoutent comme des logarithmes (doubler ≈ 14,2 ans, puis passer de 2 à 3, soit ×1,5, ≈ 8,3 ans de plus).
Conclusion : la question d'ouverture du chapitre est réglée — et en bonus, tu vois les logarithmes transformer les multiplications de capital en additions de durées.
EXERCICE 14 · problèmeniveau 3
Le carbone 14 d'un organisme mort se désintègre : la proportion restante après \(t\) années est \(N(t) = e^{-\lambda t}\), et sa demi-vie est de 5 730 ans (au bout de 5 730 ans, il en reste la moitié). a. Montre que \(\lambda = \dfrac{\ln 2}{5\,730}\). b. Un parchemin contient 25 % du carbone 14 initial : quel est son âge exact ? c. Un os en contient 10 % : donne son âge arrondi à la centaine d'années.
CORRIGÉ
a. — \(N(5\,730) = \dfrac{1}{2}\) donne \(e^{-5730\lambda} = \dfrac{1}{2}\), donc \(-5\,730\,\lambda = \ln\dfrac{1}{2} = -\ln 2\), d'où \(\lambda = \dfrac{\ln 2}{5\,730}\).
b. — \(e^{-\lambda t} = 0{,}25\) donne \(-\lambda t = \ln 0{,}25 = -2\ln 2\), donc \(t = \dfrac{2\ln 2}{\lambda} = 2 \times 5\,730 = 11\,460\) ans. Logique : 25 %, c'est deux demi-vies exactement.
c. — \(t = \dfrac{\ln 10}{\lambda} = 5\,730 \times \dfrac{\ln 10}{\ln 2} \approx 5\,730 \times 3{,}32 \approx 19\,000\) ans.
Conclusion : la datation au carbone 14, c'est un logarithme appliqué à un pourcentage — la méthode des seuils au service de l'archéologie.
VERS LE BAC — EXERCICE 15≈ 45 MIN · CALCULATRICE UTILE
On considère la fonction \(h\) définie sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\) par \(h(x) = \ln x - \dfrac{1}{x}\), et \(\mathcal{C}\) sa courbe représentative.
PARTIE A
Détermine les limites de \(h\) en \(0^+\) et en \(+\infty\).
Montre que pour tout \(x > 0\), \(h'(x) = \dfrac{x + 1}{x^2}\).
Déduis-en le sens de variation de \(h\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\).
PARTIE B
Montre que l'équation \(h(x) = 0\) admet une unique solution \(\alpha\) sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\).
Justifie que \(\alpha \in \left[1\;;\,2\right]\), puis donne un encadrement de \(\alpha\) d'amplitude \(0{,}1\).
Déduis de l'étude le signe de \(h(x)\) selon les valeurs de \(x\).
Montre que \(\ln \alpha = \dfrac{1}{\alpha}\).
CORRIGÉ — LES GRANDES ÉTAPES
A.1 — En \(0^+\) : \(\ln x \to -\infty\) et \(-\dfrac{1}{x} \to -\infty\) : \(h(x) \to -\infty\). En \(+\infty\) : \(\ln x \to +\infty\) et \(\dfrac{1}{x} \to 0\) : \(h(x) \to +\infty\).
A.3 — Sur \(\left]0\;;\,+\infty\right[\), \(x + 1 > 0\) et \(x^2 > 0\) : \(h' > 0\), donc \(h\) est strictement croissante.
B.1 — \(h\) est continue (somme de fonctions continues), strictement croissante, et passe de \(-\infty\) à \(+\infty\) : par le corollaire du TVI, \(h(x) = 0\) admet une unique solution \(\alpha\).