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La composition d'un système chimique

CE QUE TU DOIS SAVOIR FAIRE — calculer une masse molaire et convertir une masse en quantité de matière, utiliser la concentration en quantité de matière, préparer une solution par dissolution ou dilution, compter un gaz avec le volume molaire, et déterminer une concentration inconnue par dosage par étalonnage avec la loi de Beer-Lambert.

≈ 60 min de travail · 15 exercices corrigés · mis à jour juillet 2026
SOMMAIRE

1. Compter ce qu'on ne peut pas voir

Apporte ta tirelire à la banque. Personne n'y comptera tes pièces une à une : la machine les verse sur une balance, et trois secondes plus tard elle annonce « 127 pièces de 10 centimes ». Aucune magie. Chaque pièce de 10 centimes pèse exactement 4,10 g ; la machine a pesé le tas, divisé par 4,10, et rendu son verdict. Elle a compté en pesant.

Le chimiste a exactement le même problème que la banque, en un million de fois pire. Dans le moindre verre de menthe à l'eau, les molécules se comptent par milliards de milliards : aucune pince, aucun microscope, aucun ordinateur ne les dénombrera une à une. Et pourtant tout ce chapitre — et tout le chapitre suivant sur les réactions — a besoin de savoir combien il y en a. La solution est celle de la banque : on ne compte pas les entités, on les compte par paquets. Le paquet du chimiste s'appelle la mole, et tu l'as rencontré en Seconde.

DÉFINITION — NIVEAU SECONDE

Une mole d'entités (atomes, molécules, ions…) est un paquet de \(N_A = 6{,}02 \times 10^{23}\) entités identiques. \(N_A\) est la constante d'Avogadro. Un échantillon qui contient \(N\) entités contient donc une quantité de matière \(n = \dfrac{N}{N_A}\), en moles : \(N = n \times N_A\).

Une douzaine géante, rien de plus : « une mole de molécules d'eau », c'est \(6{,}02 \times 10^{23}\) molécules d'eau, comme « une douzaine d'œufs », c'est 12 œufs. Toute la question du chapitre tient alors en une ligne : comment mesurer \(n\) sans jamais voir les entités ? Tu vas apprendre les quatre instruments qui répondent — la balance, la fiole graduée, le ballon de gaz, et même un rayon de lumière. À la fin, tu sauras dire combien de molécules de colorant nagent dans un verre de menthe à l'eau… en le regardant à travers une lampe.

Commençons par la balance. Voici quatre tas posés dessus : de l'eau, de l'aluminium, du sel, du cuivre. Les quatre tas contiennent exactement le même nombre d'entités : une mole chacun. Regarde ce qu'affiche la balance.

18 g 27 g 58,5 g 63,5 g H2O Al NaCl Cu eau aluminium sel cuivre
Quatre tas, une mole chacun : \(6{,}02 \times 10^{23}\) entités par tas, pas une de plus chez le voisin. Et pourtant la balance affiche quatre masses différentes. Même nombre, poids différents : c'est toute l'affaire de la section suivante.

2. La mole et la masse molaire : la balance qui compte

Reprends les quatre tas de la section 1 — mais cette fois, c'est toi qui tiens le curseur : il règle le nombre d'entités posées sur la balance, le même pour les quatre tas. Fais-le descendre, remonte-le, et regarde les masses suivre. Une question à garder en tête pendant que tu manipules : si deux tas ont la même masse, ont-ils le même nombre d'entités ?

INTERACTIF La balance ne compte pas
quantité de chaque tas : n = 1,00 mol

Une mole de chaque : même nombre d'entités partout, et quatre masses différentes. La masse d'une mole est la carte d'identité de l'espèce — on va lui donner un nom juste en dessous.

Les pointillés marquent la masse d'une mole de chaque espèce : 18 g pour l'eau, 27 g pour l'aluminium, 58,5 g pour le sel, 63,5 g pour le cuivre.
POURQUOI ?

Pourquoi peser permet-il de compter ? Parce que toutes les entités d'une même espèce ont exactement la même masse. Si chaque pièce de 10 centimes pèse 4,10 g, un sac de 410 g contient 100 pièces — une division suffit. La chimie fait pareil, à un détail près : au lieu de la masse d'une pièce, on utilise la masse d'un paquet d'entités, la masse d'une mole. C'est plus commode : elle se compte en grammes, pas en milliardièmes de milliardième de gramme.

Ce que le graphique t'a montré à la main, voilà comment on l'écrit.

DÉFINITION

La masse molaire \(M\) d'une espèce est la masse d'une mole de cette espèce, en grammes par mole (g·mol⁻¹). Pour une molécule ou un composé ionique, elle s'obtient en additionnant les masses molaires atomiques (lues dans le tableau périodique) de tous les atomes de la formule.

Et une fois la masse molaire connue, la balance devient un compteur d'entités. La masse \(m\) d'un échantillon, c'est \(n\) paquets de \(M\) grammes : \(m = n \times M\). Dans la vraie vie, on lit \(m\) sur la balance et on cherche \(n\) — on inverse. Voici la formule centrale du chapitre :

$$n = \frac{m}{M} \qquad\quad \text{— } m \text{ en g, } M \text{ en g·mol}^{-1},\ n \text{ en mol}$$
MÉTHODE — COMPTER PAR PESÉE
1.Écris la formule brute de l'espèce et calcule \(M\) : la somme des masses molaires atomiques, chacune multipliée par le nombre d'atomes dans la formule.
2.Convertis la masse pesée en quantité de matière : \(n = \dfrac{m}{M}\), avec \(m\) en grammes. La masse en haut, la masse molaire en bas — « des grammes divisés par des grammes par mole, il reste des moles ».
3.Contrôle-réflexe : compare \(m\) à \(M\). Si \(m\) est plus petit que \(M\), tu dois trouver moins d'une mole ; s'il en est le double, deux moles. Un \(n\) absurde signale presque toujours une division à l'envers.
EXEMPLE RÉSOLU — LE SUCRE DU SIROP

Pour préparer un sirop, on pèse 34,2 g de sucre — du saccharose, de formule \(\mathrm{C_{12}H_{22}O_{11}}\). Quelle quantité de matière, et combien de molécules ? (M(C) = 12 g·mol⁻¹, M(H) = 1 g·mol⁻¹, M(O) = 16 g·mol⁻¹.)

Étape 1 — \(M = 12 \times 12 + 22 \times 1 + 11 \times 16 = 144 + 22 + 176 = 342\) g·mol⁻¹.

Étape 2 — \(n = \dfrac{m}{M} = \dfrac{34{,}2}{342} = 0{,}100\) mol.

Étape 3 — contrôle : 34,2 g est bien le dixième de 342 g (une mole entière) : un dixième de mole, cohérent. Nombre de molécules : \(N = n \times N_A = 0{,}100 \times 6{,}02 \times 10^{23} = 6{,}02 \times 10^{22}\).

Conclusion : une pesée de trois secondes vient de compter soixante mille milliards de milliards de molécules. La balance ne compte pas — mais la balance plus la masse molaire, si.

À RETENIR

La balance donne \(m\), la mole compte les entités, et le pont entre les deux s'appelle la masse molaire : \(n = \dfrac{m}{M}\) — les grammes en haut, les grammes par mole en bas.

TESTE-TOI Trois questions, trente secondes

Q1Une mole, c'est…

Q2M(H₂O) = 18 g·mol⁻¹. Quelle quantité de matière dans 36 g d'eau ?

Q310 g d'eau et 10 g de cuivre. Qui contient le plus d'entités ?

3. La concentration : des moles dans un volume

Deuxième instrument. Beaucoup d'espèces chimiques ne se présentent pas en poudre à peser, mais dissoutes dans un liquide : le sucre dans un sirop, le sel dans l'eau de mer, le diiode dans un antiseptique. Impossible de peser le sucre une fois qu'il a disparu dans l'eau. Et pourtant ta langue, elle, sait mesurer autre chose : un sirop de menthe pur est imbuvable, trop fort — alors tu ajoutes de l'eau. Fais-le ici. Verse, et observe ce qui change… et ce qui ne change pas.

INTERACTIF Allonge le sirop
volume total : V = 20 mL
n(sucre) = 0,040 mol — quoi que tu verses

Le sirop pur : 0,040 mol de sucre serrées dans 20 mL. Concentration maximale, couleur maximale — et ta langue est d'accord.

La dose de sirop apporte 0,040 mol de saccharose (13,7 g) : l'eau versée n'en contient pas. La jauge de droite affiche c = n/V.

Ce que ta langue appelle « fort » ou « léger », la chimie le mesure : c'est la concentration.

DÉFINITION

La concentration en quantité de matière (ou concentration molaire) d'un soluté dans une solution est la quantité de soluté par litre de solution : \(c = \dfrac{n}{V}\), avec \(n\) en mol, \(V\) en litres, et \(c\) en mol·L⁻¹. À l'envers : un volume \(V\) de cette solution apporte \(n = c \times V\) moles de soluté.

PROPRIÉTÉ — DEUX CONCENTRATIONS, UN PONT

En Seconde tu utilisais la concentration en masse \(C_m = \dfrac{m}{V}\), en g·L⁻¹ — celle des étiquettes. Les deux décrivent la même solution, et la masse molaire fait le pont :

$$C_m = c \times M$$
PROPRIÉTÉ — LA DILUTION CONSERVE LE SOLUTÉ

Diluer une solution, c'est y ajouter du solvant (de l'eau). On n'ajoute ni ne retire de soluté : sa quantité \(n\) est la même avant et après. En écrivant \(n\) des deux façons :

$$c_0 \times V_0 = c_f \times V_f$$

(\(c_0\), \(V_0\) : solution de départ prélevée ; \(c_f\), \(V_f\) : solution finale.) Le facteur de dilution \(F = \dfrac{c_0}{c_f} = \dfrac{V_f}{V_0}\) dit combien de fois la solution a été « allongée ».

MÉTHODE — PRÉPARER UNE SOLUTION DILUÉE
1.Calcule le volume à prélever dans la solution mère : \(V_0 = \dfrac{c_f \times V_f}{c_0}\).
2.Prélève \(V_0\) à la pipette jaugée et verse-le dans une fiole jaugée de volume \(V_f\).
3.Complète avec de l'eau distillée jusqu'au trait de jauge, bouche, retourne pour homogénéiser. Contrôle-réflexe : le facteur de dilution en volumes (\(V_f/V_0\)) doit égaler celui en concentrations (\(c_0/c_f\)).
EXEMPLE RÉSOLU — LA MENTHE À L'EAU DU LABO

Le sirop de la paillasse est une solution de saccharose à \(c_0 = 2{,}0\) mol·L⁻¹. a. Quelle quantité de sucre dans une dose de 20 mL ? b. Comment préparer 100 mL de solution à \(0{,}20\) mol·L⁻¹ ?

a. — \(n = c_0 \times V = 2{,}0 \times 0{,}020 = 0{,}040\) mol. (Les 20 mL deviennent 0,020 L avant d'entrer dans la formule.)

b. — \(V_0 = \dfrac{c_f \times V_f}{c_0} = \dfrac{0{,}20 \times 0{,}100}{2{,}0} = 0{,}010\) L, soit 10 mL : pipette jaugée de 10 mL, fiole jaugée de 100 mL, eau distillée jusqu'au trait.

Conclusion : facteur de dilution 10 dans les deux lectures — les volumes (10 mL → 100 mL) comme les concentrations (2,0 → 0,20). Si les deux facteurs ne concordent pas, une conversion de millilitres a lâché quelque part.

À RETENIR

Diluer, c'est étaler le même soluté dans plus d'eau : \(n\) ne bouge pas, \(c\) chute. \(c_0 V_0 = c_f V_f\) — et \(V\) toujours en litres.

TESTE-TOI Quatre questions sur les solutions

Q1La concentration en quantité de matière \(c\), c'est…

Q2On double le volume d'une solution en ajoutant de l'eau. Sa concentration…

Q3Un jus de raisin affiche \(C_m = 90\) g·L⁻¹ de glucose (M = 180 g·mol⁻¹). Sa concentration molaire vaut…

Q4Quelle quantité de soluté dans 500 mL d'une solution à \(0{,}20\) mol·L⁻¹ ?

4. Les gaz : le volume molaire

Troisième instrument, pour un état de la matière qui échappe aux deux premiers : le gaz. Verser du dioxyde de carbone dans une éprouvette ? Il s'échappe. Le peser ? Bon courage : un ballon de 2,4 L de dioxygène pèse à peine plus de 3 g. Ce qu'on mesure facilement pour un gaz, c'est son volume. Avant la formule, un jeu — quatre duels d'échantillons, à toi de désigner le plus riche en matière. Un indice t'accompagne, garde-le précieusement : dans les conditions de la salle, une mole de gaz — n'importe lequel — occupe 24 L.

INTERACTIF Quel échantillon est le plus riche ?
MANCHE 1/4

Sur la table : un fond de verre avec 9,0 g d'eau, et une pièce de collection de 12,7 g de cuivre pur. Le plus riche en entités ?

Données : M(H₂O) = 18 g·mol⁻¹, M(Cu) = 63,5 g·mol⁻¹, M(saccharose) = 342 g·mol⁻¹ · une mole de gaz occupe 24 L dans les conditions de la salle.

La quatrième manche vient de te livrer le secret des gaz : leur volume ne dépend pas de l'espèce. Voilà l'énoncé propre.

PROPRIÉTÉ — LE VOLUME MOLAIRE DES GAZ

À température et pression données, une mole de gaz occupe le même volume quel que soit le gaz : le volume molaire \(V_m\), en L·mol⁻¹. Dans les conditions usuelles de la salle (20 °C, pression atmosphérique normale), \(V_m \approx 24\) L·mol⁻¹. Un volume \(V\) de gaz contient donc :

$$n = \frac{V}{V_m}$$
POURQUOI ?

Comment des molécules aussi différentes peuvent-elles occuper le même volume ? Parce qu'un gaz, c'est surtout du vide. Les molécules y sont si espacées que leur taille propre ne compte plus : le volume d'un gaz mesure l'espace qu'on laisse aux molécules, pas les molécules elles-mêmes. À conditions égales, cet espace par molécule est le même pour tous les gaz — d'où un volume molaire commun. Rien de tel pour un liquide ou un solide, où les entités se touchent : là, chaque espèce a son propre encombrement.

Et voilà le chapitre presque complet : trois façons de mesurer une quantité de matière, une par état du système. C'est la table de conversion à connaître par cœur.

LES TROIS PORTES VERS LA MOLE V TOUJOURS EN LITRES
Ce que tu mesuresLa formuleExemple
une masse \(m\) (balance)\(n = \dfrac{m}{M}\)9,0 g d'eau → 0,50 mol
un volume \(V\) de solution de concentration \(c\)\(n = c \times V\)250 mL à 0,16 mol·L⁻¹ → 0,040 mol
un volume \(V\) de gaz\(n = \dfrac{V}{V_m}\)4,8 L de gaz → 0,20 mol
EXEMPLE RÉSOLU — LE BALLON QUI NE PÈSE RIEN

On gonfle un ballon de baudruche avec 3,0 L d'hélium (M(He) = 4,0 g·mol⁻¹, \(V_m\) = 24 L·mol⁻¹). Quelle quantité de matière, et quelle masse de gaz ?

Étape 1 — \(n = \dfrac{V}{V_m} = \dfrac{3{,}0}{24} = 0{,}125\) mol.

Étape 2 — \(m = n \times M = 0{,}125 \times 4{,}0 = 0{,}50\) g.

Conclusion : un demi-gramme — le ballon « ne pèse rien », et contient pourtant \(7{,}5 \times 10^{22}\) atomes. Voilà pourquoi on compte les gaz avec un litre plutôt qu'avec une balance.

TESTE-TOI Encore trois sur les gaz

Q1Le volume molaire \(V_m = 24\) L·mol⁻¹ s'applique…

Q2Quelle quantité de matière dans 4,8 L de dioxyde de carbone (\(V_m\) = 24 L·mol⁻¹) ?

Q3Un litre de dihydrogène et un litre de dioxyde de carbone, mêmes conditions. Lequel contient le plus de molécules ?

5. Doser avec la lumière : la loi de Beer-Lambert

Dernier instrument, le plus élégant. Souviens-toi du verre de la section 3 : plus la solution était concentrée, plus sa couleur était soutenue. Ton œil sait donc déjà « mesurer » une concentration — grossièrement. Le spectrophotomètre est un œil qui met des chiffres : il envoie un rayon de lumière à travers la solution et mesure la part de lumière retenue au passage. Ce nombre s'appelle l'absorbance, notée \(A\), sans unité. Solution incolore : \(A\) proche de 0. Solution foncée : \(A\) grandit.

Voici le geste des laboratoires, celui du dosage du colorant d'un sirop de menthe. On prépare d'abord une gamme de solutions du même colorant, de concentrations connues, et on mesure l'absorbance de chacune : cinq points, remarquablement alignés sur une droite qui passe par l'origine. Ensuite, on mesure l'absorbance de la solution inconnue — et la droite fait le reste. Fais-le toi-même : déplace l'absorbance mesurée, puis presse le bouton « ta mesure ».

INTERACTIF Dose avec la lumière
absorbance mesurée : A = 0,30

La gamme : cinq solutions étalons du même colorant (points craie). Quand c augmente de 1 µmol/L, A augmente de 0,075 : la droite passe par l'origine. Au-delà du dernier étalon, elle est en pointillé — hors de la gamme, on ne lit plus.

L'alignement des cinq étalons n'est pas un hasard : c'est une loi.

PROPRIÉTÉ — LA LOI DE BEER-LAMBERT

Pour une solution suffisamment diluée, l'absorbance est proportionnelle à la concentration de l'espèce colorée :

$$A = k \times c$$

Le coefficient \(k\) n'a rien d'universel : il dépend de l'espèce dissoute, de la longueur d'onde de la lumière choisie et de l'épaisseur de la cuve. C'est pour cela qu'on le mesure à chaque dosage, avec la gamme d'étalonnage — jamais dans un livre.

MÉTHODE — LE DOSAGE PAR ÉTALONNAGE
1.Prépare une gamme étalon : plusieurs solutions de l'espèce à doser, de concentrations connues — souvent par dilutions successives d'une solution mère (méthode de la section 3).
2.Mesure l'absorbance de chaque étalon et trace \(A\) en fonction de \(c\) : les points s'alignent sur une droite passant par l'origine — la droite d'étalonnage.
3.Mesure l'absorbance de la solution inconnue, puis lis sa concentration sur la droite (ou calcule \(c = A/k\)). Contrôle-réflexe : la valeur lue doit tomber dans la gamme — sinon on dilue l'inconnue et on recommence.
EXEMPLE RÉSOLU — LA GRENADINE

Pour un colorant rouge, l'étalon à \(4{,}0\) µmol·L⁻¹ donne \(A = 0{,}30\). La grenadine diluée du placard donne \(A = 0{,}66\). Quelle est sa concentration en colorant ?

Étape 1 — le coefficient de la droite : \(k = \dfrac{A}{c} = \dfrac{0{,}30}{4{,}0} = 0{,}075\) par µmol·L⁻¹.

Étape 2 — \(c = \dfrac{A}{k} = \dfrac{0{,}66}{0{,}075} = 8{,}8\) µmol·L⁻¹.

Étape 3 — contrôle : 8,8 est dans la gamme (les étalons montent à 10) : la lecture est légitime.

Conclusion : une proportionnalité, une division — le plus difficile dans un dosage par étalonnage n'est pas le calcul, c'est de préparer une gamme propre.

TESTE-TOI Trois questions pour finir

Q1On double la concentration du colorant (même cuve, même lumière). L'absorbance…

Q2Avec \(k = 0{,}075\) par µmol·L⁻¹, une solution d'absorbance \(A = 0{,}60\) a pour concentration…

Q3La droite d'étalonnage du colorant de la menthe peut-elle servir à doser un colorant orange ?

LES PIÈGES CLASSIQUES

Confondre la masse et la quantité de matière. « 100 g d'eau et 100 g de cuivre, c'est autant de matière » : non. C'est 5,6 mol d'eau contre 1,6 mol de cuivre — trois fois et demie plus de molécules d'eau. La balance pèse, la mole compte ; toute comparaison d'échantillons se fait en moles.

Mélanger les deux concentrations. \(C_m = m/V\) (en g·L⁻¹, celle des étiquettes) et \(c = n/V\) (en mol·L⁻¹, celle de cette année) ne sont pas interchangeables. Le pont est \(C_m = c \times M\). Avant toute formule, lis l'unité de l'énoncé : des grammes par litre ne rentrent jamais tels quels dans \(n = c \times V\).

Croire que diluer retire du soluté. Diluer 10 fois divise la concentration par 10 — la quantité de soluté, elle, ne bouge pas d'un microgramme : on n'a versé que de l'eau. C'est tout le sens de \(c_0 V_0 = c_f V_f\) : le produit est constant parce que \(n\) l'est.

Appliquer le volume molaire à un liquide. \(V_m = 24\) L·mol⁻¹ vaut pour tous les gaz… et rien que pour les gaz. Une mole d'eau liquide occupe 18 mL, pas 24 L : dans un liquide, les molécules se touchent, chaque espèce a son encombrement propre.

Laisser les volumes en millilitres. \(c = n/V\) et \(n = c \times V\) mangent des litres. Un volume resté en mL fausse le résultat d'un facteur 1 000 — l'erreur la plus fréquente du chapitre, et la plus facile à attraper : 500 mL = 0,500 L, à convertir avant la formule.

L'ESSENTIEL EN 5 LIGNES
MOLE

Le paquet du chimiste : \(N_A = 6{,}02 \times 10^{23}\) entités. \(N = n \times N_A\) : on compte par paquets, jamais une à une.

PESÉE

\(n = \dfrac{m}{M}\) — \(m\) en g, \(M\) en g·mol⁻¹ (somme des masses molaires atomiques de la formule).

SOLUTION

\(c = \dfrac{n}{V}\) et \(n = c \times V\), \(V\) en litres. Diluer : \(n\) constant, \(c_0 V_0 = c_f V_f\).

GAZ

\(n = \dfrac{V}{V_m}\), avec \(V_m \approx 24\) L·mol⁻¹ pour tous les gaz (20 °C, pression ordinaire).

LUMIÈRE

\(A = k \times c\) : l'absorbance est proportionnelle à la concentration — la droite d'étalonnage transforme une mesure de lumière en dosage.

Exercices

15 corrigés

Commence par le niveau 1. Cherche vraiment avant d'ouvrir le corrigé — c'est là que ça rentre. Les exercices suivent l'ordre du cours : la mole et la pesée, les solutions et la dilution, les gaz, la lumière, et un problème pour finir.

EXERCICE 01 · compter par paquets niveau 1

a. Combien de molécules dans 0,25 mol d'eau ? b. Un échantillon de fer contient \(3{,}01 \times 10^{23}\) atomes : quelle quantité de matière ? c. Vrai ou faux : « une mole de molécules d'eau et une mole d'atomes de cuivre contiennent le même nombre d'entités ».

EXERCICE 02 · masse molaire niveau 1

Calcule la masse molaire des espèces suivantes. a. Le dioxyde de carbone \(\mathrm{CO_2}\). b. Le saccharose \(\mathrm{C_{12}H_{22}O_{11}}\). c. Le chlorure de sodium \(\mathrm{NaCl}\). (M(C) = 12 ; M(O) = 16 ; M(H) = 1 ; M(Na) = 23 ; M(Cl) = 35,5 — en g·mol⁻¹.)

EXERCICE 03 · n = m/M niveau 1

Convertis en quantité de matière : a. 9,0 g d'eau (M = 18 g·mol⁻¹). b. 8,1 g d'aluminium (M = 27 g·mol⁻¹). c. 17,1 g de saccharose (M = 342 g·mol⁻¹).

EXERCICE 04 · la pesée à rebours niveau 2

a. Quelle masse peser pour obtenir 0,20 mol de chlorure de sodium (M = 58,5 g·mol⁻¹) ? b. L'aspirine a pour formule \(\mathrm{C_9H_8O_4}\) : vérifie que M = 180 g·mol⁻¹, puis calcule la quantité de matière d'un comprimé dosé à 500 mg.

EXERCICE 05 · c = n/V niveau 1

On dissout 0,040 mol de saccharose dans de l'eau, et on complète jusqu'à un volume total de 250 mL. Quelle est la concentration en quantité de matière de la solution ?

EXERCICE 06 · n = c × V niveau 2

Un soda contient du saccharose à la concentration \(c = 0{,}35\) mol·L⁻¹. a. Quelle quantité de saccharose dans une bouteille de 1,5 L ? b. Quelle masse cela représente-t-il (M = 342 g·mol⁻¹) ? c. Compare à des morceaux de sucre de 6 g.

EXERCICE 07 · Cm et c niveau 2

a. Un jus de raisin affiche 90 g de glucose par litre (M(glucose) = 180 g·mol⁻¹) : quelle est sa concentration en quantité de matière ? b. À l'inverse, une eau sucrée a une concentration molaire en saccharose de 0,10 mol·L⁻¹ (M = 342 g·mol⁻¹) : quelle est sa concentration en masse ?

EXERCICE 08 · préparer une dilution niveau 2

Au labo, tu disposes d'une solution mère de concentration \(c_0 = 1{,}0\) mol·L⁻¹ et tu dois préparer 100 mL de solution fille à \(c_f = 0{,}10\) mol·L⁻¹. a. Quel volume de solution mère prélever ? b. Décris le protocole (verrerie comprise). c. Quel est le facteur de dilution ?

EXERCICE 09 · le graphique rejoué niveau 2

Retour au verre de la section 3 : une dose de 20 mL de sirop à \(2{,}0\) mol·L⁻¹ de saccharose, que l'on allonge à l'eau. a. Vérifie que la dose apporte 0,040 mol de saccharose. b. Quelle est la concentration quand le volume total atteint 100 mL ? c. Quel volume total faut-il pour descendre à \(0{,}25\) mol·L⁻¹ ?

EXERCICE 10 · compter un gaz niveau 2

En dégazant complètement une bouteille de soda de 1,5 L, on recueille 6,0 L de dioxyde de carbone gazeux. (\(V_m\) = 24 L·mol⁻¹ ; M(\(\mathrm{CO_2}\)) = 44 g·mol⁻¹.) a. Quelle quantité de \(\mathrm{CO_2}\) la bouteille contenait-elle ? b. Quelle masse de gaz s'est échappée ?

EXERCICE 11 · la loi d'Avogadro-Ampère niveau 2

Deux ballons de 2,4 L sont gonflés dans la même salle, l'un à l'hélium (M = 4,0 g·mol⁻¹), l'autre au dioxyde de carbone (M = 44 g·mol⁻¹). (\(V_m\) = 24 L·mol⁻¹.) a. Quelle quantité de gaz dans chaque ballon ? b. Quelle masse de gaz dans chacun ? c. Que retenir ?

EXERCICE 12 · le tri des échantillons niveau 3

Trois flacons sur la paillasse. A : 5,85 g de chlorure de sodium solide (M = 58,5 g·mol⁻¹). B : 250 mL d'une solution à \(0{,}30\) mol·L⁻¹. C : 3,6 L de dioxygène gazeux (\(V_m\) = 24 L·mol⁻¹, M(\(\mathrm{O_2}\)) = 32 g·mol⁻¹). a. Classe A, B et C par quantité de matière décroissante. b. Calcule la masse de gaz du flacon C et commente.

EXERCICE 13 · la droite d'étalonnage niveau 2

Pour doser un colorant bleu, on mesure la gamme suivante — c (µmol·L⁻¹) : 2,0 ; 4,0 ; 6,0 ; 8,0 ; 10,0 — A : 0,15 ; 0,30 ; 0,45 ; 0,60 ; 0,75. a. Montre que ces mesures suivent la loi de Beer-Lambert et détermine \(k\). b. Une solution du même colorant donne \(A = 0{,}51\) : quelle est sa concentration ? c. Une autre donne \(A = 0{,}90\) : pourquoi ne conclut-on pas directement ?

EXERCICE 14 · problème : le verre de menthe à l'eau niveau 3

La promesse de la section 1, enfin tenue. Le sirop de menthe pur est trop foncé pour le spectrophotomètre : on le dilue 20 fois, et la solution diluée donne \(A = 0{,}54\). La gamme d'étalonnage du colorant (celle du graphique de la section 5) donne \(k = 0{,}075\) par µmol·L⁻¹. a. Quelle est la concentration en colorant de la solution diluée ? b. Celle du sirop pur ? c. Un verre de menthe à l'eau contient 10 mL de sirop : quelle quantité de colorant avale-t-on ? d. Combien de molécules cela fait-il ?

VERS LE BAC — EXERCICE 15 ≈ 45 MIN · CALCULATRICE UTILE

Le diiode \(\mathrm{I_2}\) est l'espèce active de nombreux antiseptiques. On se propose de vérifier l'étiquette d'un flacon du commerce, qui annonce « 2,0 g de diiode pour 250 mL ». Donnée : M(I) = 127 g·mol⁻¹.

PARTIE A — LA SOLUTION MÈRE ET LA GAMME
  1. Au laboratoire, on dissout 1,27 g de diiode dans une fiole jaugée de 1,00 L. Montre que la concentration de cette solution mère vaut \(c_0 = 5{,}0\) mmol·L⁻¹.
  2. Décris précisément comment préparer 50,0 mL d'une solution étalon à \(1{,}0\) mmol·L⁻¹ à partir de la mère (volume prélevé, verrerie).
  3. La gamme complète donne — c (mmol·L⁻¹) : 0,50 ; 1,0 ; 1,5 ; 2,0 ; 2,5 — A : 0,13 ; 0,26 ; 0,39 ; 0,52 ; 0,65. Montre que ces mesures sont compatibles avec la loi de Beer-Lambert et détermine le coefficient \(k\).
PARTIE B — LE DOSAGE DE L'ANTISEPTIQUE
  1. L'antiseptique du commerce est trop concentré pour la gamme : on le dilue 20 fois. La solution diluée donne \(A = 0{,}39\). Détermine sa concentration en diiode.
  2. Déduis-en la concentration en diiode de l'antiseptique du flacon.
  3. Calcule la quantité puis la masse de diiode contenues dans le flacon de 250 mL.
  4. L'étiquette est-elle honnête ? Conclus en comparant à la valeur annoncée.